Yo tout le monde !

Pour cette seconde interview du blog de Cheeky, j’ai décidé de contacter Benoit Berthe ( alias « Siward » ), le réalisateur de « Je m’appelle Nathan« .

Certainement l’un des gros buzz de cet été 2012 avec, à l’heure qu’il est, plus de 70 000 vus sur Vimeo, c’est l’un des courts métrages d’animation à ne surtout pas rater et dont on a envie de connaître tout les secrets ..

interview benoit berthe siward je m appelle nathan cheeky blog

Cheeky : Bonjour Siward ! Avant toute chose est ce que tu peux te présenter toi ainsi que ton film aux lecteurs du blog de Cheeky ?

Siward : Bonjour Cheeky. Tout d’abord merci de diffuser mon travail et d’y consacrer un article.

Pour les présentations, mon vrai nom est Benoit Berthe, j’ai 23 ans, je suis étudiant en « réalisation numérique » à Supinfocom Valenciennes, nous y apprenons tout ce qui touche l’élaboration et la fabrication d’un film d’animation 3D.

Le petit film « Je m’appelle Nathan » est le résultat d’un exercice donné en 4ème année dans notre école, c’est mon premier court métrage d’animation 3D. Il faut savoir que nos études s’étalent sur 5 ans dont 2 années préparatoires ou nous travaillons le graphisme, l’histoire de l’art, le dessin (…) et les 3 suivantes à l’apprentisage de la 3D, de la narration et de l’animation.  Nous apprennons donc les bases de la 3D lors de la 3ème année et ainsi en 4ème année on nous demande de réaliser un petit film seul, venant vérifier les acquis fraîchement assimilés de l’année précédente.

Cheeky : D’où t’es venu cette idée de créer un court métrage sur le thème de l’autisme ?

Siward : On me demande souvent si j’ai un frère ou un proche autiste pour y avoir consacré un court métrage ! Eh bien non, pas que je sache icon smile !

Est-ce obligatoirement nécessaire de vivre cela pour y être sensible ? Pas sûr ! C’est certain que parler de quelque chose vécu permet d’être plus pointu, vrai et sensible sur le sujet, mais ça m’interessait d’avoir et d’assumer une approche plus exterieure.

En fait, pour revenir à la question posée, l’idée m’est venue d’une des contraintes de l’exercice qu’était de n’avoir qu’un réel personnage dans le film (l’origami ne comptant pas réellement pour un). Un seul personnage pour des soucis de faisabilité.

Je me suis posé la question, « comment peut-on raconter une histoire, avec un seul personnage ? ». C’est là dessus que je suis parti.
« ce doit être un personnage seul … solitaire ? … non seul avec lui même … un personnage dans son monde. »

Parallèlement, une image a aussi été assez décisive pour l’idée du film. Affichée dans ma salle de classe, c’est une illustration de Rebecca Dautremer qui a servi de base pour les affiches du festival des courts métrages de Clermont Ferrand
http://www.forumdesimages.fr/var/fdi/storage/images/festivals-et-evenements/festival-du-court-metrage-de-clermont-ferrand-2011/672820-1-fre-FR/Festival-du-court-metrage-de-Clermont-Ferrand-2011_programme.jpg

J’ai présenté ces deux esquisses (l’idée et l’image) à un ancien professeur qui parlé d’autisme. Ca ma tout de suite inspiré, parlé. J’avais déjà vu quelques reportages ou films sur le sujet qui m’avaient beaucoup touché. Je me suis donc énormément documenté sur le sujet, puis j’ai commencé à écrire l’histoire plus précisément.

Cheeky : Tu as réalisé ce film en seulement 6 mois et tout seul si je ne me trompe pas … Peux-tu nous en dire plus sur ta méthode de travail ? Comment as-tu organisé ces 6 mois de boulot ?

Siward : C’est vrai que c’est un petit challenge que nous lance l’école, ça demande une certaine organisation si on veux réussir à faire ce qu’on a dans la tête le plus précisément possible et dans les temps !

Je n’ai pas eu de méthode particulière, autre que celle qu’on applique pour n’importe qu’elle production 3D si ce n’est d’apprendre avec des intervenants en suivi de production à faire des planning pour estimer le travail et à s’organiser dans le travail.

Les différentes étapes peuvent dans mon cas être regroupées ainsi :
Préproduction (écriture recherche graphique) >Scénario/dossier graphique> Storyboard/animatique > Modélisation du personnage puis setup et rigging, morphers > Modélisation du décors et accéssoires > Texturing / lighting basique > Animation > Lighting définitif > Rendu > Compositing > Montage
Sans oublier le son en parallèle à travailler.
Puis les quelques éléments de marketing tel que le making-of et l’affiche qui ont, je dois l’avouer été faits très à « l’arrache » les deux dernières semaines avant le rendu, car le timing était tendu.

Je pense que dans mon cas je pouvais me permettre de passer plus de temps sur certains détails (lighting, modélisation de la tête, et rendu des yeux …) car je n’avais que très peu de props et de décors à faire.


Cheeky : Quels sont les logitiels que tu as utilisé  ?

Siward : J’ai surtout utilisé 3Dsmax (pour tout ce qui touche à la 3D modélisation et animation …) avec le moteur de rendu Mental ray  optimisé pour le film sans FG ni GI pour les connaisseurs, cela m’a permis d’obtenir des temps de calcul très rapide (en moyenne autour de 2 minutes la frame FULLHD), Photoshop et un peu de filter forge pour quelques textures, Nuke pour le compositing, Avid pour le montage et Reapper pour le son.

artwork benoit berthe siward je m appelle nathan cheeky blog 300x168

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squelette setup benoit berthe siward je m appelle nathan cheeky blog 150x150
 

 

 

Cheeky : Quelle a été la partie la plus difficile à gérer pour toi sur ce projet ?

Siward : Au départ plusieurs personnes de l’équipe pédagogique étaient très frileux sur ce projet. J’avais écris une histoire trop longue, trop complexe, et surtout le sujet leur paraissait beaucoup trop ambitieux pour un premier film. Réussir à retranscrir la maladie dans un film très court … Pas facile ! Je crois que c’est la bataille pour convaincre et adapter mon projet, pour le rendre faisable qui m’a le plus épuisé. Mais c’est aussi ce qui m’a certainement le plus appris !

Sinon techniquement, comme nous devons tous, faire un film de A à Z et souvent pour la première fois, tout peux parraitre assez difficile, mais je pourrais résumer mes galères aux trois points sur lesquels dès le début je voulais mettre l’accent :
1- L’enfant, son réalisme, lui donner de la crédibilité de la vie dans les yeux, que le personnage puisse inspirer de la curiosité et de l’empathie. C’est le sujet principal du très court qui est très axé sur la tête, donc à ne pas louper.
2- L’ambiance du film au niveau de la lumière et du son, n’ayant que très peu de décors, pour moi c’était important d’apporter un éclairage particulier qui pourrait au maximum  rentranscrir l’ambiance du film. Même démarche pour le son qui m’a aidé à faire passer de nombreuses idées.
3- L’animation de l’enfant et de l’origami, car même si l’enfant doit paraitre vivant il doit aussi paraître autiste, car c’est écrit nul part ( que l’enfant est autiste). et ainsi il a fallu réussir à concilier la vie dans les yeux mais également faire comprendre son absence, son regard dans le vide. Et je sais que l’animation n’est pas innée chez moi, ça m’a demandé beaucoup de retakes et pas mal de visualisations de reférences  vidéos dont on peut appercevoir un petit nombre dans le making-of.

Concernant l’ambiance du film j’ai beaucoup regardé un trailer d’un court métrage 3D durant toute l’année, ce trailer a été une grosse source d’inspiration pour l’ambiance de mon film et m’a guidé pendant la production du court.https://vimeo.com/25932308

J’ai découvert la version entière bien après avoir finis le film, lors du festival d’Annecy 2012 où le film à d’ailleurs gagné un beau prix, la video est en ce moment exceptionnellement disponible sur le site d’ARTE, je vous la recommande fortement :http://videos.arte.tv/fr/videos/court_circuit_edmond_etait_un_ane_de_franck_dion-6739166.html


Cheeky : Ton film a aujourd’hui plus de 70 000 vus ! ( Félicitation d’ailleurs ^^ ) Comment expliques-tu ce succès ?

Siward : Oui 70 000, mon dieu ! Et ça ne cesse d’augmenter.

Et bien je ne sais pas si on peut l’expliquer raisonnablement, à part en disant que l’Internet est un lieu où les gens viennent de plus en plus se nourrir, et c’est pas plus mal – comparé à ce qu’on peut voir à la télé en ce moment - (enfin sauf si on passe son temps à regarder des vidéo de chats mignons sur internet, dans ce cas la télé peut paraitre mieux qu’internet :) ).

Je pense aussi que le fait que l’Autisme soit nommée cause nationnale 2012 a certainement dû aider dans la diffusion. Mais le plus gros du travail c’est viméo qui a posté la vidéo en première page pendant un moment, et allociné qui a consacré un bel article dans les colonnes de son site. Ensuite de nombreux sites et blogs comme le tient relayent la diffusion et font tourner la vidéo avec un système comparable à celui du bouche à oreille, de nombreux internautes suivent régulièrement ces blogs. Sans oublier les réseaux sociaux … Finalement 70 000 s’explique un peu mieux !


Cheeky : As-tu reçu des offres d’emplois ou autres solicitations concernant ton film ( festivals etc ) depuis ?

Siward : Oui ! Le court est en discussion pour être peut être diffusé dans des cinémas à Paris entre les bandes annonces et le long métrage projetté. Un programe à Niort  va le diffuser fin Aout en plein air dans une séléction de court métrage, le très court fera aussi parti d’un festival très original à Berlin et à Seoul en parallèle qui s’appelle Going Underground; le principe consiste à diffuser des courts dans le metro pendant une semaine. J’aime beaucoup le concept de rendre très accessible quelque chose qui à la base demande à ce qu’on se deplace dans un lieu ou évènement particulier ou faire des recherches pour le voir. Avec ce festival original, ça assure une visibilité du court de 2 millions de spectateurs/voyageurs assez facilement, qui jugeront 20 courts pour 4 prix.

Concernant les contacts professionnels, plusieurs studios m’ont fait des retours sur le court, mais pour l’instant il me reste un an pour finir mes études !

Cheeky : De nouveaux projets à l’horizon ?

Siward : Mes prochains objectifs c’est d’aider un maximum mon futur groupe de travail pour le film de fin d’étude, et de donner un maximum pour ce film diplomant. On nous dit souvent que c’est un peu notre carte de visite.

Pour le reste on verra bien ce que l’avenir me réserve, pour l’instant je conserve mes petites idées au chaud !

Merci à toi pour ces réponses vraiment très détaillées et bonne chance pour ce film de fin d’étude qui s’annonce déjà très attendu icon wink