Salut tout le monde !

Je sais que la plupart d’entre vous attendez depuis un moment de retrouver de nouvelles interviews sur mon blog depuis celle de Murat Sayginer réalisée en Janvier dernier.

Aujourd’hui j’ai donc décidé de vous faire découvrir un nouvel artiste coup de coeur: Niels Prayer, actuellement Superviseur des effets spéciaux au sein du studio Supamonks mais aussi réalisateur d’un court métrage devant lequel la plus part d’entre vous ne sont pas restés insensibles: Mankind.

En exclusivité pour le blog de Cheeky, Niels Prayer revient sur sa carrière au sein du monde de la 3D et des effets spéciaux ainsi que ses premières expériences en tant que réalisateur.

Niels Prayer

 

Bonjour Niels, merci d’avoir accepté cette interview pour le blog de Cheeky. Peux tu nous faire une brève présentation de toi auprès des internautes qui ne te connaissent pas ?

Niels Prayer: Bonjour Cheeky, et merci de me recevoir pour cette interview ! J’ai 24 ans et à la base je viens des Hautes-Alpes ; ce n’est que pour venir étudier le cinéma que je suis monté sur Paris après le lycée. J’ai fait une première école de cinéma, l’ESRA Paris, puis une école de cinéma d’animation, l’Ecole Georges Méliès à Orly. La seule prise de vue réelle ne me satisfaisait pas, je voulais acquérir le savoir de la 3D et n’avoir plus aucunes limites techniques en terme de création d’images.

Après avoir remporté le CG student award en 2013, j’ai pu aller travailler à Londres quelques mois chez Framestore. J’ai également travaillé chez Illumination MacGuff pendant un an et maintenant je suis FX Supervisor chez Supamonks, qui est une entreprise pour laquelle j’ai un vrai coup de coeur, que ce soit en terme humain ou professionnel ! A côté de ça, je fais de la musique depuis maintenant une vingtaine d’années, avec une formation classique au conservatoire. Je joue du Piano, de la guitare, de la basse, de l’harmonica, du ukulélé et plus recemment, je me suis mis au violoncelle.

J’ai toujours, à coté du travail, participé à des courts métrages pros ou non, d’amis le plus souvent, que ce soit en musique ou en effets spéciaux. Ce n’est qu’assez recemment, que je me suis senti capable de créer mes propres films, en liant tout ce que j’ai pu apprendre jusque là. Mes derniers projets de réalisation ont été « Elemental » et « Mankind » en 2015.

Screenshot du Portfolio de Niels Prayer

Cheeky: En arrivant sur ton portfolio, on voit clairement que tu portes un grand intérêt à l’univers de la science fiction et l’art abstrait, peux tu nous en dire plus à ce sujet ? Quels sont tes principales sources d’inspiration ?

Niels Prayer: Ce qu’il ne faut pas oublier, c’est qu’en bon garçon des années 90 j’ai grandi avec la SF de Cameron, Lucas et Spielberg !!! La SF a toujours été un thème qui me fascine, surtout en terme visuel, car même si les films ne sont pas toujours très bons, les directions artistiques et les choix visuels de film de science fiction sont extrêmement riches. Il ya toujours de bonnes trouvailles et j’admire énormément le travail de recherches qui est fait dans ces films. Avec une certaine maturité maintenant, j’arrive à apprécier des formes d’art plus épurée et des façons de créer des images plus abstraites. Je me considère encore en phase d’apprentissage à ce niveau là car je n’ai pas absorbé et vu assez d’images pour être complètement maître dans l’art de raconter ou faire passer des messages à travers des créations plus symboliques que narratives ou figuratives !

Je pense avoir trouvé mon medium avec lequel je suis à l’aise : le motion design 3D. C’est un format extrêmement puissant, de courte durée, et dans lequel je trouve mon compte en terme de construction, narrative, visuelle et technique. Cela me permet de tester et d’essayer de nouvelles choses rapidement, et avec le temps j’espère, progresser encore et affiner mes travaux.
Au niveau de mes sources d’inspiration, j’ai toutes sortes d’influences.
J’apprécie vraiment le travail de Patrick Clair, un motion designer et directeur artistique de talent, qui arrive en quelques minutes à vous coller des frissons avec des messages forts et des animations C4D/after effect ahurissantes. Ensuite, il y a le site « the Art of the title » ; qui est une mine d’or de génériques de films/séries/coconférencesegorgeant de travaux incroyables et de making of ! J’ai une vraie fascination pour les génériques de film ou série, qui a eux seuls, arrivent à véhiculer tellement de choses au sein d’une production. J’aime beaucoup aussi le travail de Tierno Beauregard, qui réalise des images abstraites à couper le souffle et avec des ambiances dark très fortes. Pour ne citer qu’eux bien sur…

Cheeky: En 2013, tu as rejoins le prestigieux studio de production Framestore en Angleterre connu notamment pour son travail réalisé sur des films tel que Gravity, Avatar ou encore Harry Potter et plus récemment Paddington. Même si l’expérience fut courte, qu’est ce que tu as pu tirer de ces 2 mois à Londres ? La manière de travailler est-elle la même là bas et en France ?

Niels Prayer: En effet, à la sortie de mon école de 3D, je suis allé travailler à Londres chez Framestore sur Robocop quelques mois. Ce fut vraiment une expérience très enrichissante ! L’avantage de faire partie d’une machine comme Framestore c’est que, à la sortie de l’école, cela vous met un coup de boost à votre façon de travailler. Il faut être rapidement opérationnel et être attentif à tous les détails des images sur lesquelles on travaille. J’ai rencontré des gens géniaux, auprès desquels j’ai pu apprendre tout un tas de choses en organisation, en technique et humainement aussi. L’ambiance était ultra fun malgré la pression des délais de livraison et malgré le nombre important de gens qui y travaille, on ne se sent jamais seul ou en galère ! Il y a beaucoup de travail certes, mais on travaille dans de bonnes conditions. Comparé à la France, il y a une notion corporate très puissante et on sent qu’on fait partie d’une espèce de grande famille. La façon de travailler ne dépend pas d’être outre manche ou non, mais surtout de l’importance du studio. Les façons de travailler ches Framestore ou MacGuff sont quasi similaires, cela diffère lorsque vous êtes dans un studio comme Supamonks de taille plus modeste. Mais dans tous les cas, il y a du bon et du moins bon 🙂 !

Cheeky: Aujourd’hui, tu es donc Superviseur des Effets spéciaux au studio Supamonks qui avait notamment créé le buzz sur internet avec leurs vidéos Supermoine en 2006 et en 2014 Supermoine Holypop. A quoi ressemble la journée type de Niels Prayer dans un tel studio ?

Niels Prayer: En effet, j’avais rencontré Supamonks et Kast le jour de mon Jury de fin d’études. Hélas à cette époque là, je n’avais pas pu tout de suite travailler avec eux car je partais pour Londres. J’avais fait un passage éclair chez eux entre Framestore et Macguff pour faire du compositing sur Supermoine 2014. C’est à ce moment qu’on a sympathisé professionnellement humainement. Ce studio a vraiment quelque chose de particulier, et demandez à tous les graphistes qui y passent, ils vous le diront ! J’avais gardé contact avec le studio et nous nous sommes retrouvés il y maintenant un an, et depuis, je m’occupe des Effets spéciaux et du compositing, avec d’autres graphistes, chez eux. Chez Supamonks, il n’y a pas de journée type ! Je jongle entre beaucoup de projets à la fois, soit pour des Fxs, soit pour du compositing, et plus récemment avec des projets personnels lorsque je suis entre 2 productions.
Ce qu’il faut retenir, c’est qu’on est souvent dans le RUSH ! Et qu’on aime ça !!! A tous bosser sur pleins de prods differentes et à être multi tâches. Mais tant que Queen ou les Floyds résonne à fond dans le studio et que les patrons se balladent en slip lorsqu’il fait chaud, on en redemandera encore !

Cheeky: En tant que réalisateur, tu nous a proposé en début d’année le petit bijoux d’animation Elemental et il y a maintenant 2 semaine, Mankind, un court métrage tout aussi beau esthétiquement mais avec un thème assez poignant destiné à l’humanité. Comment l’idée t’es venu en tête ? Peux tu nous en dire plus sur le thème du film ?

Niels Prayer: Elemental m’a permis de me familiariser avec le motion design 3d et la production d’un film entièrement sur Houdini, qui est un logiciel pour lequel j’ai beaucoup d’affection. Mankind, quant à lui, m’a permis de construire quelque chose avec une technique au service d’un message fort. Il n’est pas parfait, maladroit sur certain points, je dirai, mais au moins, je suis allé au bout de ce que je voulais faire, à savoir, avoir une vision et la mettre en scène dans un court métrage de motion design 3D.
En réalité, je suis beaucoup touché par la direction que prend notre société sur beaucoup de points. Comme beaucoup de monde je pense. Je me demande toujours, comment agir à notre niveau sur ces choses là ! Mon medium à moi est l’image numérique et la musique. Du coup, j’utilise ce que je sais faire de mieux pour partager ce que je pense du monde dans lequel on vit. Que ce soit en court métrage ou en image fixe d’ailleurs. Je me dis que si on prend tous conscience qu’il y a des choses qui ne tournent pas rond et qu’on s’y met tous à notre niveau, on pourra trouver des solutions viables pour le futur. Alors certes, Mankind n’apporte pas de solutions mais est tourné comme une prise de conscience. En tous cas, ma prise de conscience sur certaines choses que je voulais partager. Je le trouve maladroit en ce sens où le choix de n’être que culpabilisant sans solutions, rend le discours un peu monotone. Mais je travaille à améliorer ce point là, pas d’inquiétude 🙂 !

 

Cheeky: Quel est le process de fabrication d’un tel film de l’idée initiale ou rendu finale ? Quel a été la principale difficulté dans la réalisation de ce film ?

Niels Prayer: Comme je le disais plus haut, entre deux productions intensives, Supamonks me laisse quartier libre. (on a toujours des choses a faire par ci par là, mais disons qu’on a un peu de répit de temps en temps) Donc dès que j’ai du temps et une idée en tête, je me colle à la tache. Mankind a été fait en un mois, des premiers plans, à la composition finale de la musique. J’ai tout fait sur ce film, excepté l’enregistrement de la voix qui fut enregistré chez Studio VOA avec Eric B Barr. Toute la partie 3D est faite sur Houdini, rendu avec Mantra, moteur de Houdini, et le compositing sur After Effect.
Grâce à la logique procédurale d’Houdini, je peux vraiment très rapidement maquetté des plans et des idées et les changer à loisir tout aussi rapidement. Je n’ai plus qu’à pousser les temps de simus lorsqu’il y a des fluides à la fin ! Le rendu se fait très instinctivement aussi, une fois qu’on a bien en main le moteur. Et sur ce film, les difficultés ont été plus d’ordre narratives que techniques.
Techniquement, le véritable challenge fut de trouver des astuces pour ne pas tout simuler les fluides car je n’avais pas le temps pour tout faire en véritables simulations ; sachant que je dois optimiser mon temps entre la fabrication du plan, les simulations, les rendus et le compositing.

Cheeky: Tout comme Muray Sayginer dont je faisait l’ITW il y a quelques mois, tu es aussi compositeur de musique. Tu as d’ailleurs remporté fin 2014 le prix de la meilleur musique pour le film d’Harry Bozino “Gare au Radeau” dans le cadre du 48 Hour Film Project / Faire un film en 48h. Comment la musique influe t-elle sur ton art ? Peux-tu nous en dire un peu plus sur ton intervention sur le film d’Harry Bozino qui ne présente d’ailleurs aucune forme de 3D ou d’effets spéciaux ?

Niels Prayer: Je fais de la musique depuis bien plus longtemps que de la 3D ou du cinéma. C’est pour cela d’ailleurs que lorsque que je produis des images, je vais d’abord chercher une ambiance avant de construire le reste. Je pose une sensation et après je raconte quelque chose avec. D’ailleurs, beaucoup de mes projets sont inspirés par des compositions que je fais, que je retouche ensuite une fois le film fini. Mes meilleures idées visuelles me viennent lorsque je compose/écoute de la musique.
Harry Bozino est un ami de longue date que j’ai rencontré à l’ESRA. Je vous encourage à regarder ces courts métrages car ils sont très droles et très bien réalisés. J’aime beaucoup composer pour Harry, car nous sommes très souvent sur la même longueur d’onde et le process de composition se fait naturellement. En effet, ces films ne sont pas du tout apparentés au domaine des Fxs ou de la 3D, et ça me permet d’apprendre de nouvelles choses et des nouvelles façons de travailler. Certes surtout sur le plan musical mais aussi, je suis de près toute la fabrication des films pour ne pas être rouillé sur les techniques de prise de vue réelle. Qui sait peut être qu’un jour je mêlerai tout et il faudra que je sois au point 🙂 ! Je pense qu’il faut savoir rester ouvert à différentes formes de techniques surtout à l’heure actuelle.

Cheeky: Aura t-on la chance de voir d’autre réalisation Made In Niels Prayer dans les prochains mois ? Quels sont tes futurs projets ?

Niels Prayer: Cette année est une année chargée pour moi sur le plan personnel et particulièrement les prochains mois. J’ai beaucoup de projets dans les cartons que je pense attaquer après l’été. Je pense sortir un prochain projet au moins d’ici la fin d’année. Mais je suis toujours à l’affît d’un crenau surprise… donc peut être pourrais-je en sortir plus que prévu. A la suite de Mankind, Supamonks me confie de plus en plus de travail de réalisation/DA sur leurs projets, donc j’espère aussi que vous pourrez voir des projets intéressants, et pas seulement personnels, dans les prochains mois !

Cheeky: Top 3 de tes artistes préférés ?

Niels Prayer: Tim Borgmann, Lee griggs, Tierno Beauregard

Cheeky: Top 3 de tes réalisateurs préférés ?

Niels Prayer: F F Coppola, D Fincher, Sergio Leone

Cheeky: Si tu devais nous conseiller un film à voir, quel serait-il ?

Niels Prayer: Plutot une soirée : D’abord, Edge of Tomorrow ! Parce que c’est une claque visuelle et funky. Puis, La Haine de Kassovitz, histoire de revenir dans le monde réel. Et enfin, Le bon la brute et le truand de Leone, parce que ce genre de film rend le monde meilleur !

Cheeky: As-tu un conseil à donner à toute ces jeunes qui aspirent à travailler dans le monde de la 3D et des effets spéciaux ?

Niels Prayer: Premièrement, soyez exigeant envers vous mêmes ! Restez critiques de votre travail et oeuvrez toujours pour être au maximum de ce que vous savez faire. C’est un métier où il faut être bon technicien pour s’en affranchir par la suite et rechercher la narration dans une image ! Le monde de l’image actuel permet de faire de vraies prouesses même à la maison. Il faudra être à niveau pour se démarquer. Entourez vous bien ! Ayez des amis en qui vous avez confiance dans le travail et entraidez vous les uns les autres ! Vous progresserez mieux et plus vite !

Cheeky: Un mot pour la fin ?

Niels Prayer: Un simple merci je pense. Merci de m’avoir accordé cette interview et d’avoir apprécié mes différents travaux. C’est très motivant pour la suite !!!

Quelques images WIP du court métrage Mankind en exclusivité pour le blog de Cheeky:

Wip du court métrage Mankind

Wip du court métrage Mankind

Wip du court métrage Mankind

Wip du court métrage Mankind

Wip du court métrage Mankind

 

Cheeky

Cheeky

Fondateur et Rédacteur en chef du blog de Cheeky.
Passionné par l'animation et la science fiction depuis l'enfance, je cherche à inspirer les gens avec des découvertes cinématographiques et artistiques venant de tous les horizons.
Le reste du temps, je suis chef de projet dans le monde du dessin animée le jour et réalisateur de clip vidéo la nuit ;)

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