Les propos de cette interview n’engagent que Garrick Rawlingson et en aucun cas Weta Digital.

Hello tout le monde !

Après mon interview de Justine Cunha axée sur l’univers de la 2D, Cheeky et moi avons décidé de rencontrer Garrick Rawlingson, animateur travaillant chez Weta Digital en Nouvelle-Zélande. Ce studio ne vous dis rien ? Il s’agit tout simplement de l’une des plus grandes boîtes d’effets spéciaux au monde.

Pour notre plus grand plaisir, Garrick Rawlingson a accepté de répondre à nos questions afin de nous présenter son travail d’animateur sur les blockbusters hollywoodiens de ces dernières années.

Allez ! Un petit peu d’animation dans ce monde d’images fixes ! Bonne lecture à tous 😉

Photographie de Garrick Rawlingson pour Le blog de Cheeky

Charline : Bonjour Garrick, merci d’avoir accepté cette interview. Peux-tu nous faire une brève présentation de toi, qui es-tu, d’où viens-tu et quel est ton parcours ?

Garrick : Bonjour, je suis Garrick Rawlingson, mi français, mi néo-zélandais, animateur pour Weta Digital à l’autre bout du monde, en Nouvelle-Zélande.

Je suis né ici mais j’ai grandi et fait mes études en France à l’École Supérieure des Métiers Artistiques de Montpellier (ESMA). J’anime des personnages, robots, créatures depuis maintenant 5 ans sur des films comme “le Hobbit”, “Hunger games” ou encore “Valerian”.

Charline : Comment as-tu décidé de travailler dans la 3D ? As-tu toujours été attiré par le cinéma d’animation et de science fiction ?  Avais-tu d’autres plans avant de faire l’ESMA ?

Garrick : Disons que ce qui m’attire depuis toujours, c’est le cinéma. Une séquence d’animation c’est comme un film en plus petit. Chaque clé d’animation est un choix de narration, chaque angle de caméra est un point de vue. Raconter des histoires c’est ce qui me motive. Avant cet amour pour le cinéma, je voulais devenir pilote, une passion que je poursuis aujourd’hui pendant mon temps libre.

Charline : Pour découvrir le travail d’un infographiste, on a l’habitude d’aller voir des images 2D/3D sur Artstation, CgSociety, 3DTotal, Deviantart et bien d’autres. Quand on est animateur, comment fait-on parler de nous ? Y-a-t’il une plateforme dédié aux animateurs ?

Garrick : Il y a bien 11 second club cependant ça demande une bonne dose d’investissement personnel. Pour un animateur, votre démoreel est votre meilleur allié, ensuite un peu de confiance en sois et le tour est joué.

Je me rappelle mes premières démarches à Londres juste à la sortie de l’école. Avec Rimelle Khayat, la co-animatrice sur Forward, March! nous allions frapper à la porte de chaque studio sans vraiment savoir à quoi s’attendre. MPC, Framestore, Double Negative, tous au culot sans rendez vous. Après 5 jours, finalement un studio, Passion Picture nous a donné notre chance.

Je pense que faire parler de soi est important, cependant il ne faut jamais oublier que c’est peut être une façon d’obtenir un poste mais c’est la qualité de votre travail qui vous permet de le garder.

Charline : Nous n’apprenons pas à utiliser la Motion Capture dans toutes les écoles de cinéma d’animation en France, peux-tu nous expliquer en quoi ça consiste exactement ? Quels sont les facilitées et les difficultés rencontrées avec cette technique ?

Garrick : La motion capture est un outil d’optimisation de temps et de ressources. C’est un outil performant pour un résultat rapide, surtout pour une scène très peuplée. Elle apporte également énormément de détails dans l’animation.

Néanmoins elle requiert des retouches, on travaille alors par layer d’animation et retime curves. La technique n’a cependant pas réponse à tout et le recours à l’animation “traditionnelle” est parfois nécessaire. Encore de nos jours, il est difficile d’embaucher un dragon ou une araigné pour se glisser dans un costume mocap.

Je pense personnellement qu’à moins qu’elle soit stylisée, l’animation d’un biped humanoïde tend à être entièrement traité par cette technique. Maintenant que le constat est fait, que faire ? Une spécialisation en animation de créature ou une animation stylisée me semble la marche à suivre pour qui veut encore poser des clés demain.

Image du film "Le Seigneur des Anneaux"

Pour ce qui est des écoles, je suis tiraillé entre deux réponses:

Certes apprendre comment gérer et animer avec la motion capture est un plus pour les studios qui nous emploient mais d’un autre côté, il y a déjà tellement à apprendre que se focaliser sur l’animation brut vous donnera un avantage sur le long terme. Comme je disais plus tôt c’est le côté artistique qui échappe encore à l’automatisation, c’est donc là je pense qu’il faut concentrer ses efforts.

Je parle ici en tant qu’animateur, mais bien sur un futur motion éditeur aura tout intérêt à ce que les écoles incorporent la motion capture dans leurs cursus.

Ce qui manques terriblement aujourd’hui dans les écoles d’animations, c’est un travail sur la caméra. Trop souvent je vois des plans fixes, avec une caméra flottante ou improbable. Bien souvent l’on préfères mettre une caméra fixe pour mettre en valeur l’animation, mais c’est pile l’inverse qui se passe. C’est 40% de votre travail que vous tuez avec une mauvaise caméra. En plus de sérieusement s’intéresser aux mouvement de caméras et à la mise en scène,  mocaper ou du moins prendre en référence vos futurs caméras peux faire partie des solutions.

Charline : Comment ton travail a t-il évolué durant ces 5 années en tant qu’animateur ? (Au niveau des responsabilités, de la vitesse de travail etc …)

Garrick : J’ai eu la chance de gravir une à une les étapes, de stagiaire à Junior animateur à Mid Animateur aujourd’hui.

Avec ces années d’expériences, j’aime à penser qu’on me fait plus confiance pour animer de “bons” shots, cependant comme partout, il faut faire ses preuves avec chaque nouveau projet.

Je ne dirais pas que ma vitesse de travail à grimper en flèche, mais je pense mettre moins de temps pour trouver la “bonne” solution. Prendre du recul sur ce que l’on fait est essentiel, regarder dans la continuité de la séquence, du film et anticiper les attentes peut vous sauver pas mal de temps. J’ajouterais que je connais bien mieux le pipe et les outils mis à notre disposition ce qui me permet d’être plus efficace.

 

Charline : As tu le temps de faire des projets personnels en parallèle? Si oui, peux tu nous en dire d’avantage ? Sur l’une de tes dernières ITW pour CgSociety, tu as annoncé que tu voulais revenir à la direction, est ce que c’est encore d’actualité, ya t’il des pistes?

Garrick : Mes projets personnels sont rythmés par mon travail, si le film sur lequel je travaille me permet de m’épanouir artistiquement alors j’ai tendance à délaisser le côté perso. En ce moment, j’anime une courte séquence, ce qui me permet d’exercer mon oeil sur la narration, la continuité et le rythme à travers plusieurs shots. Cela me suffit pour l’instant.

Charline : Quel conseil donnerais-tu à une personne (animateur ou non) souhaitant travailler un jour pour un grand studio ? Quelles sont à ton avis les qualités essentielles pour être un bon animateur ?

Garrick : C’est une question assez difficile étant donné mon parcours atypique pour arriver ici. En me basant sur le parcours de mes collègues, je penses que la meilleure façon pour parvenir jusqu’ici semble être la suivante:

1/ Animer quelques années post diplôme dans un studio qui accepte les juniors, tel que MPC, Mikros, etc…

2/ Assembler une solide bande démo (si possible avec des singes haha)

3/ Commencer à réviser son anglais et ses verbes irréguliers

4/ Passer l’entretien, et voilà le tour est joué, vous êtes en route pour la Terre du Milieu.

Chaque animateur est différent et a ses qualités propres. Mon idée d’un bon animateur est celle de quelqu’un qui excelle du côté artistique et maîtrise aussi bien le côté technique. Quelqu’un qui peut animer avec différents styles et personnages comme un acteur peut changer de rôle. Qui est observateur et proactif aussi bien dans le choix de ses références que dans le ton et la continuité de sa séquence. C’est aussi quelqu’un qui travaille bien en équipe et qui anime en temps et en heure. Finalement, et c’est le plus important c’est quelqu’un qui à travers son travail arrive à transmettre une émotion au spectateur.

Charline : Un mot pour la fin ?

Garrick : Je vous conseille vivement une visite de la Nouvelle-Zélande. Je me suis rarement senti aussi bien dans un pays que celui-ci.

Charline

Charline

Passionnée par les récits en tout genre, je pense que chaque image, chaque dessin, chaque projet nous propose une version de l’Histoire vu par son créateur. Dans mes interviews j’essaierai de vous les raconter.
Sinon dans la vie de tous les jours, Je suis infographiste 3D, travaillant principalement dans l’univers de la publicité.

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