Spécial Annecy 2019 : L’avenir de l’animation à travers 4 studios majeurs

À côté de la compétition, le Festival d’Annecy nous propose de découvrir avant tout le monde les prochaines nouveautés de l’industrie. Nous avons eu la chance d’assister aux divers conférences et séances événements de 4 studios majeurs : DreamWorks, Sony Pictures Animation, Netflix Animation et Walt Disney Studios Animation.

DreamWorks Animation : la routine rodée

Depuis maintenant plusieurs années que je suis les présentations Dreamworks pour le festival d’Annecy, je dois dire que je n’ai jamais été déçue. Ils font partie des rares studios à offrir des goodies à leurs fans, même si ce sont globalement les mêmes chaque année, le geste fait plaisir et nous donnent l’impression d’être bichonnés. Nous avons également eu la chance de voir une apparition de Dean DeBlois, membre du jury d’Annecy cette année, qui nous avait préparé une vidéo de la trilogie Dragon.

Co-produit avec le chinois Pearl Studio, Abominable est le premier film écrit et réalisé par Jill Culton se dévoilait pour la première fois sous nos yeux.

Un pitch original qui donne envie, avec un mythe remis aux goûts du jour. Les quelques extraits que nous avons eus nous montrent qu’ils dosent relativement bien l’humour et le sérieux dans leur film. Ils passent d’un monstre à l’autre avec une nouvelle aventure, qui promet d’être aussi épique que Dragon. Pour le coup, ils savent chouchouter leur public : 25 minutes inédites de films, beaucoup de concept arts, des work in progress, des animatiques. L’aperçu de la modélisation 3D et de l’animation est sublime. Ils nous mettent des étoiles plein les yeux, et continuent à développer de nouvelles choses pour chaque film. L’image la plus marquante reste la transformation d’une prairie fleurie en une immense vague, qui semblerait presque réelle. Je n’étais pas entièrement emballée par le teaser qui circulait sur la toile, mais après ce WIP, j’ai hâte de voir ce que ce film va donner.

Réalisé par Andy Erekson et produit par Jeff Hermann, Marooned était le court métrage événement annoncé par Dreamworks, en clôture de sa présentation pour une avant-première mondiale. Je ne vais pas vous mentir, la première chose qui m’a traversé l’esprit lorsque le court métrage à commencé a été : Wall-e ??

Je comprend que dans l’inconscient populaire, un robot dans l’espace ramène vite au film Pixar. Mais cela devrait amener une volonté de se différencier. Les deux premières minutes du film donnent réellement l’impression de voir Wall-e en train de ramener ses ordures dans sa maison. La façon de bouger de C-0R13, les plans, l’environnement hostile, tout nous ramène à ce petit robot.

Néanmoins, cela reste un beau film très bien animé. Le style diffère de ce que Dreamworks a l’habitude de faire, et fonctionne très bien. Les animations sont fluides, les personnages muets et sans visages restent très expressifs dans leur façon d’agir et de se mouvoir. L’histoire pourrait être super sympa, mais la fin ne fonctionne pas. Elle n’est pas crédible, presque incohérente. Le problème c’est que comme ce sont les dernières secondes qui impactent le spectateur, ça laisse un goût amer en bouche.

Pour Trolls 2 : World Tour, le concept était bien trouvé : chaque tribu Trolls est associée à un style de musique. Un jour, les grands vilains décident de voler les cordes propres à chaque royaume musical, pour ne laisser qu’une musique : la leur.

Sauf que les scénaristes sont partis dans les gros clichés lassants pour fonder leur histoire. Sans surprise, les rockeurs sont de méchants trolls avec des crêtes, des bracelets à piques et du maquillage noir. Comprenez ici le hard rock/métal vu la playlist qui leur est associée lors des quelques extraits montrés.

Je commence à être écœurée de ce cliché récurrent dans les films pour enfants, et même parfois pour adultes, où il suffit d’être un peu différent, de porter du noir, ou d’avoir un air “gothique” pour être méchant. Il aurait était plus judicieux dans cette histoire de créer un peu de surprise. Par exemple, en proposant les trolls musiciens classiques comme grands vilains de l’histoire. En effet, il peut être légitime pour eux de penser revenir à une époque où seule leur musique existait, et où tout le monde en était ravi. Et cette idée ne m’a pris que 5 minutes de réflexion, lorsque je me suis demandé comment casser les préjugés pour faire une histoire originale et moins prévisible. Je n’ai rien contre la franchise Trolls, ce ne sont pas les films qui m’attirent le plus, mais je n’attends qu’à être étonnée ! Seulement plus j’en vois, plus je suis déçue. J’ai peur que ce film soit juste un prétexte pour caser un maximum de musiques plus ou moins populaire ou cultes, au détriment d’un scénario réfléchi et cohérent.

Pour information, ce deuxième épisode des Trolls est toujours réalisé par Walt Dohrn, et il est prévu pour le 25 Mars 2020 en France.

Pour une fois, la présentation Dreamworks était un peu en dessous de mes attentes. Elle avait extrêmement bien démarrée, avec les remerciements surprise de Dragon, et la présentation de leur long métrage Abominable, prévu en France pour le 20 Octobre 2019.  Malheureusement, cela ne suffit pas à rattraper la médiocrité des deux autres films.

Mais peut être serons-nous agréablement surpris lors de leur diffusion ?

Sony Pictures Animation : vers le changement

Sony Pictures Animation commence à sortir du lot. Après le grand succès de Hôtel Transylvanie 3 : Des vacances monstrueuses lors du Festival 2018, ils se sont lancés dans l’expérimental. En effet, à travers Spider-Man: New Generation, le studio a prouvé qu’il était capable de redonner un coup de neuf à l’animation. Un petit making of nous a montré comment ils ont pu convertir techniquement la direction artistique si particulière, dans le logiciel 3D.

La présidente Kristine Belson a tenu tout d’abord à préciser que Sony n’était PAS Disney, ni Pixar, ni Dreamworks. Bref, le studio est encore une structure naissante. L’Oscar qu’ils ont gagné sur Spider-Man leur ont permis néanmoins de visualiser de nouvelles perspectives.

Le premier film présenté sortira le 16 octobre 2019 en France. Il s’agit évidemment d’Angry Birds 2 : Copains Comme Cochons, réalisé par Thurop Van Orman et John Rice. Dans cette suite, les oiseaux devront faire équipe avec leurs ennemis de toujours, les cochons verts. Un ennemi commun a fait son apparition et perturbe la tranquillité de l’île. Pour nous donner une idée de l’humour présent, Sony a eu la gentillesse de nous diffuser un extrait exclusif de quelques minutes. Ensuite, les choses sérieuses ont commencé.

En effet, le 10 janvier prochain (USA) leur permettra de commencer 2020 avec une toute nouvelle licence : The Mitchells vs The Machines. Réalisé par Mike Rianda, ce projet veut casser les codes des films familiaux classiques. Il va parler de connectivité, mais pas dans l’habituel mauvais sens. Il se base sur la simple question : comment vit-on avec la technologie ? Pour cela, Sony veut confronter deux mondes. Celui des humains, à travers une famille très connectée, face à celui des robots, froid et envahissant. Chaque monde sera représenté par des directions artistiques opposées. Tantôt organique pour les humains, avec un effet de peinture à la main, tantôt lisse et ultra réaliste pour les robots. J’ai eu la chance de visualiser un test de rendu peinture, très prometteur, ainsi qu’un tout premier teaser avec des robots hilarants.

Un autre projet dans les cartons, Vivo, prévu pour novembre 2020 (USA). Une touchante aventure d’un musicien qui partira de Cuba pour aller à Miami, afin de délivrer une chanson d’amour. Le challenge pour Sony est qu’il s’agira de leur tout premier film musical, avec Kirk DeMicco à la réalisation, sur des musiques et chansons originales composées par Lin-Manuel Miranda.

Arin Warner est venu nous présenter leur nouveau label Sony Pictures Animation – International. Le studio a en effet la volonté de produire des projets à l’étranger. Le premier en date est une co-production chinoise, avec le studio Base Animation (appartenant à BaseFX, un studio de VFX chinois de plus en plus prisé par Hollywood). Intitulé Wish Dragon, de Chris Appelhans et avec Jackie Chan (qui le produit également), le film sera une relecture de la lampe magique, comme on a pu le voir dans un extrait totalement exclusif.

Grâce à Spider-Man, le studio a su s’adresser à un public plus âgé que d’habitude (mort de personnage à l’écran, problématique plus compliquées, etc) C’est pourquoi Katie Baron et Kevin Noel sont venus nous présenter un autre nouveau label : Sony Pictures Animation – Alternative. Il s’agit d’une filiale qui va produire du contenu plus ado/adulte. Comme par exemple la série TV d’anthologie Hungry Ghosts (des histoires de fantômes de cuisine), Super Bago (par le créateur de Robot Chicken, où deux amis deviennent super-héros malgré eux), ainsi que le reboot de la série d’Adult Swim, The Boondocks.

Petite surprise de la conférence, le réalisateur Genndy Tartakovsky (Hotel Transylvanie), est venu spécialement nous présenter deux autres projets, pas du tout destinés aux enfants. Il va réaliser The Black Knight, mélangeant arts martiaux et chevaliers, ainsi que Fixed, racontant la dernière nuit d’un chien avant qu’il ne se fasse stériliser. Il s’agira du premier film Rated-R du studio.

En bref, Sony veut se diriger vers un public plus mature, tout en continuant d’explorer de nouvelles techniques.

Netflix Animation : le challenger sans frontière

Revendiquant plus de 139 millions d’abonnés en janvier 2019, Netflix continue sa fulgurante progression en proposant depuis peu un nouveau label dédié au monde de l’animation : Netflix ANIMATION.
Son but ? Rassembler des créateurs du monde entier pour raconter des histoires diverses et uniques dans une grande variété de formats.

Nous avons pu assister à la conférence de Netflix menée par Melisssa Cobb, vice-présidente de Netflix Animation, et mettant en avant 4 réalisateurs (eux aussi présents) de séries venant d’un peu partout dans le monde :

Photographie de la conférence de Netflix Animation durant le festival d'Annecy 2019

  • Malenga Mulendema qui nous vient de Zambie, nous a montré les première images de sa série d’animation Mama K’s Team 4 : elle mettra en avant 4 jeunes femmes noires qui sont des super héroïnes cherchant à combattre le mal. La réalisatrice confie s’être notamment inspirée de groupes féminins mythiques comme TLC ou les Spice Girls pour construire cette belle équipe. Nous avons eu le droit à des concept arts et surtout des character designs vraiment, vraiment stylés. Sans doute le projet de Netflix qui nous a le plus excité.
  • Kriss Pearn qui nous vient lui de Vancouver (Canada), nous a montré son projet The Willoughbys, une série d’animation 3D mettant en avant un famille vraiment pas comme les autres et basée sur le livre pour enfants du même nom de Lois Lowry. Nous avons pu découvrir quelques extraits vidéos du 1er épisode et ça promet autant en humour que dans le rendu visuel.
  • Elizabeth Ito qui nous vient de Los Angeles a présenté son projet City of Ghost, une série d’animation racontant l’histoire d’une jeune fille pouvant communiquer avec les fantômes de sa ville. Cette série se distingue par le fait qu’elle proposera des personnages animés 2D dans de véritable décors live action (composition possible grâce à de réelles photographies)
  • Hitoshi Mogi qui nous vient lui du Japon a dévoilé son projet Dino Girl Gauko, une série d’animation 2D complètement WTF racontant l’histoire d’une jeune fille capable de se transformer en dinosaure à chaque fois qu’elle s’énerve. Les nombreux extraits vidéos ont fait rire toute la salle de conférence et on hâte d’en voir plus.

Comme Melissa l’a indiqué durant le début de la conférence, le but de Netflix est d’aujourd’hui de “créer votre série préférée quelque soit l’endroit où vous vivez, quel que soient vos origines”. Ainsi, ils se revendiquent comme le studio laissant le plus de liberté à ses créateurs et les 4 réalisateurs présents ont tous, sans exception, souligné ce point assez crucial pour chacun d’entre eux.

On devrait voir débarquer tous ces contenus (et bien d’autres) chez nous d’ici 2020 avec notamment le projet “Over the Moon” mené par Glenn Keane et pour lequel Netflix nous a dévoilé une magnifique 1ère image.

Netflix a d’ailleurs mis en avant cette année, le long métrage Klaus, très attendu par la communauté depuis maintenant quelques années (je vous partageais un 1er trailer en 2015) : le projet initié par Sergio Pablos a en effet été racheté par Netflix pour que la production puisse enfin se terminer. On vous en dit plus sur ce film dans notre article concernant les WIP du festival d’Annecy 2019 juste ici : https://www.cheeky.fr/blog/2019/07/08/special-annecy-2019-3-projets-wip/

Disney : Le monde ou rien

Disney nous a aussi présenté en exclusivité mondiale 3 courts métrages animés de son “Short Circuit” : un programme interne de création de courts métrages né en 2016 où Disney demande à ses employés de pitcher de nouveaux projets. Les meilleurs idées sont ainsi sélectionnées puis réalisées par l’employé victorieux aidé par une équipe dédiée durant plusieurs mois.

Photographie des réalisateurs du Short Circuit des studios Walt Disney

L’intérêt étant pour Disney de découvrir de nouveaux talents, tester de nouvelles techniques d’animation et pouvoir enrichir sa vidéothèque avec des contenus originaux.

Une trentaine de courts métrages devraient ainsi voir le jour de cette manière d’ici l’arrivé de Disney +, la plateforme de streaming qui devra concurrencer Netflix, au printemps 2020.

Lors de la conférence de Disney, ce sont les réalisateurs eux-même qui ont introduit leur film au public d’Annecy.

  • Exchange Student
    Venant du monde de la BD, Natalie Nourigat met en scène une jeune fille humaine se retrouvant dans une classe d’extraterrestres. Malgré leur différence physique, ils vont tous découvrir qu’ils ont beaucoup plus en commun qu’ils ont en l’air. Le projet propose un traitement graphique 3D mais pourtant très proche de la 2D comme l’avait pu l’être Paperman ou encore Feast, avec un style aquarelle.
  • Just a Thought
    Inspiré par la rencontre avec sa propre femme, Brian Menz nous présente un court-métrage dans lequel un jeune garçon a du mal à cacher la pensée de se mettre en couple avec la fille qu’il aime. Visuellement très proche du rendu d’un journal papier, le réalisateur confie s’être inspiré de comics comme Garfield ou encore Mickey Mouse.
  • Flower in the Mirror
    Voulant rendre hommage à ses origines chinoises, Jerry Huynh met en scène une femme réalisant un kata de kung fu dans un monde fantastique très proche de la peinture traditionnel, se remplissant petit à petit. Ayant perdu sa cousine, sa grand-mère et son grand-père durant la production de son court, le réalisateur nous a confié que le film a été pour lui comme une thérapie, un dernier hommage pour ses proches partis trop tôt.

Disney nous présentait aussi les premières images du deuxième volet de la Reine des Neiges, prévu sur nos écrans en fin d’année. C’était bien évidemment l’un des événements très attendu d’Annecy, et nous avons eu la chance de voir la responsable animation Becky Bresee ainsi que le responsable des effets d’animation Marlon West, pour nous parler de ce film. 

Frozen 2 : Becky Bresee et Marlon West,

Frozen 2 se déroule plusieurs années après le premier volet. Les personnages ont grandi, gagné en maturité. L’aventure commence lorsque Elsa se met à entendre des voix étranges, qui la replonge dans son enfance et remet en question la maîtrise de son pouvoir

Avec un grand regret, cette  présentation était un poil décevante. Nous n’avons eu aucun concept art, aucune animatique, ni même quelques dessins de recherche. Le deuxième trailer était sorti quelques jours avant la présentation, et sans surprise, nous y avons eu droit. Quelques secondes de plus avec le cheval marin, et une mini scène où Elsa, Anna, Kristof et Olaf jouent aux mimes. Honnêtement, je m’attendais à beaucoup plus de teasing et de surprise de la part d’une compagnie comme Disney, et moins d’histoire sur la vie perso des deux intervenants (ils nous ont déjà fait le coup l’année dernière, on a compris ^^). Évidemment, le film fait bien évidemment toujours envie, mais ce WIP inédit ne nous aura pas apporté grand-chose de plus, que ce qui a déjà été dévoilé.

Rendez-vous donc en novembre prochain pour voir si  La Reine des Neiges 2 fera mieux que son ainé au box office, en devenant  pourquoi pas le plus gros succès de l’histoire du dessin animée à son tour. A moins que l’excellent Toy Story 4, dévoilé en entier durant l’évènement, ne vienne lui prendre la place.

Conclusion

On peut dire que les mois à venir s’annoncent vraiment prometteurs pour le monde de l’animation qui devrait vivre de fortes mutations.

Disney et Netflix sont clairement les studios qu’il faudra suivre de près, mais attention, Sony n’a pas dit son dernier mot. On s’inquiètera surtout pour Dreamworks qui n’aura pas réussi à nous faire rêver cette année.

Une chose est sûr, cette concurrence féroce va laisser des plumes et devrait surtout profiter au public, c’est le plus important 😉

 

Cheeky

Cheeky

Fondateur et Rédacteur en chef du blog de Cheeky.
Passionné par l'animation et la science fiction depuis l'enfance, je cherche à inspirer les gens avec des découvertes cinématographiques et artistiques venant de tous les horizons.
Le reste du temps, je suis réalisateur vidéo indépendant.

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