Bonjour tout le monde,

Après une chouette rencontre avec Jérémy Clapin qui nous parlait de son fabuleux film « J’ai Perdu Mon Corps », j’ai décidé pour cette nouvelle interview de vous faire découvrir  un métier « atypique » du monde de l’animation …

Ayant été moi même chargé de production dans le dessin animée durant plusieurs années, je me suis rendu compte que les métiers de la production resté flous pour beaucoup.

Qui mieux qu’un directeur de production pour nous parler de ce corps de métier qui est pourtant essentiel pour l’avancement d’un projet animé. Le top serait même d’avoir quelqu’un qui travaille dans une des plus grosses boites d’animation de Paris … Je crois bien que j’ai cette personne !

Actuellement en poste chez Cube Creative, mon ami de longue date Eric Capo a accepté de répondre à quelques questions en nous parlant notamment de son parcours assez original et en nous offrant quelques astuces pour trouver du travail dans l’animation 😉

Eric Capo, directeur de production chez Cube Creative

 

Cheeky : Bonjour Eric et merci d’avoir accepté cette interview exclusive pour le blog de Cheeky, est ce que tu peux avant toute chose te présenter à nos internautes ? D’où viens-tu et quel est ton parcours ?

Eric Capo : Bonjour Cheeky et bonjour à tous chers lecteurs de ce blog ! Merci beaucoup pour cette invitation, c’est forcément un plaisir pour moi.

Je me présente donc, Eric Capo, je suis actuellement directeur de production et chez Cube Creative depuis plus de 5 ans maintenant.
Pour arriver là, j’ai suivi un cursus spécialisé en gestion de projet à l’IIM (Institut de l’Internet et du Multimédia à La Défense – Paris) pendant 5 ans.

Au départ et pour être honnête, je ne savais pas vraiment dans quoi je m’embarquais en allant dans cette école ni vers quel métier je voulais me diriger.
J’ai donc cherché à savoir quelles étaient mes principales qualités et, si je ne savais pas encore ce qui me plaisait à ce moment-là, je savais déjà ce qui ne me plaisait pas. J’ai vite su que je ne serai pas graphiste car la technique ne m’intéressait pas et ce côté « exécutant » non plus.
De toute façon, la créativité n’a jamais fait partie de mes points forts, à l’inverse de l’organisation. Depuis toujours, je suis très organisé dans ma vie privée, parfois un peu trop et c’est très clairement ce qui m’a fait prendre la voie de la gestion de projet.
Quelque part, on peut dire que j’avais ça en moi, ça peut paraître étrange mais ça change du « depuis tout petit, j’adore les dessins animés » qu’on a entendu des milliers de fois.

Pour en revenir à mon master, au bout de ces 5 ans et pour valider mon diplôme, j’avais un stage de fin d’études de 6 mois à réaliser. C’est donc à cette occasion, en 2015, que je suis arrivé chez Cube sur la pointe des pieds.
A la fin de ce stage, on m’a proposé de continuer l’aventure sous le statut intermittent, j’ai accepté car je me sentais bien dans ce studio. L’aventure a continué ainsi et elle ne s’est toujours pas arrêtée depuis.

Depuis mes débuts à Cube, j’ai eu la chance de travailler sur Angry Birds : Stella (Rovio), Kaeloo (Canal+), Athleticus (Arte) et aujourd’hui Tangranimo (France Télévisions).

 

Cheeky : Pour le commun des mortels, et même certains techniciens en studio, les métiers de la gestion de projet restent assez flous. Peux tu nous parler de ton métier actuel ? Un directeur de productions ça fait quoi au quotidien ?

Eric Capo : Le quotidien d’un directeur de production est très imprévisible, et c’est ce qui me plait dans ce métier où la routine n’existe pas.
Chaque jour on dresse une todo list, et 90% du temps on ne peut pas la faire car il se passe de nouvelles choses, de nouvelles surprises.

La mission principale du directeur de production, son fil rouge, est de faire respecter le planning qu’il a mis en place au départ en tenant compte du budget alloué à son projet.

Pour cela, on doit donc recruter une équipe par département (storyboard, assets, layout, animation, compo) et organiser le travail de tout ce beau monde en leur donnant un brief et une deadline.

Le directeur de prod est souvent appelé « chef de projet » d’une manière plus commune et souvent comparé au chef d’orchestre.
J’aime beaucoup cette métaphore car elle est plus poétique et surtout très proche de la réalité.
On sert vraiment de référent à tout le monde, que ce soit les graphistes, les superviseurs, les réalisateurs, les ingénieurs, la direction ou l’administration.
Nous assurons également l’interface avec le client/diffuseur (souvent une chaîne de télé dans mon cas) mais aussi avec les différents prestataires : studio son, studio doublage, studio d’animation, laboratoire PAD, etc…

Cheeky : Tu es passé d’assistant de production à directeur de productions, tout en passant par la case chargé de production, et tout ça au sein du même studio. Tu as aujourd’hui 26 ans ce qui est plutôt jeune pour ton poste comparé aux autres studios parisiens. Comment as-tu vécu cette évolution et cette montée en responsabilité ? Y étais-tu préparé d’une manière ou d’une autre ?

Eric Capo : C’est vrai, et je sais que c’est une chance. Je sais également que cette rapide évolution n’aurait pas été possible ailleurs qu’à Cube.

Au niveau de l’âge, j’ai toujours été en avance depuis l’école (né en fin d’année + saut de classe) donc disons que j’avais déjà l’habitude d’être le plus jeune.
En revanche, ce qui a été plus compliqué pour moi fut de donner des directives, du haut de mes 21 ans, à des seniors qui avaient deux fois mon âge et qui faisaient ce métier depuis 15 ans. Difficile de se sentir légitime dans cette position…
Heureusement, j’ai vite compris qu’ils ne regardaient pas l’âge : seulement que le travail soit fait pour qu’eux puissent faire leur boulot correctement derrière.

Chaque studio possède sa manière de fonctionner (et heureusement), et à Cube, on est souvent « lâché dans le grand bain sans les brassards » comme le dirait Cécile Hergaux, la directrice du studio.
C’est une méthode pas forcément très pédagogue certes, mais qui a le mérite d’être très formatrice et je peux en témoigner.
Evidemment, on ne le fait pas avec tout le monde et d’ailleurs si on se retrouve dans cette position, c’est plutôt bon signe finalement ! Ça montre une certaine confiance.

J’ai eu la chance d’enchainer les projets les uns après les autres depuis 5 ans (merci les plannings qui s’emboitent bien, ce n’est pas toujours le cas).
A Cube, on est une petite centaine donc on est encore un studio à taille humaine. Cela permet de rapidement monter en responsabilité si on fait ses preuves, et c’est pareil pour les graphistes.

Je ne dirais pas que j’étais spécialement préparé pour cette montée en grade, mais en tout cas c’est ce que je voulais au fond de moi car sans ambition on ne va nulle part.
Ces transitions entre stagiaire, assistant, chargé et directeur de prod se sont toutes faites de manière assez naturelle et même logique finalement.
Je n’ai jamais poussé pour et j’ai la chance d’avoir eu des patrons qui m’ont toujours fait confiance depuis le début.
Les tâches sont dans l’ensemble très proches, je veux dire par là qu’on ne peut pas être perdu quand on passe de l’un à l’autre. C’est une évolution qui doit arriver si tout se passe bien et c’est vraiment plus au niveau des responsabilités et de l’autorité que l’on sent la différence, en tout cas pour ma part.

 

Cheeky : Parmis tous les projets sur lesquels tu as travaillé, quel est ton préféré et pourquoi ? Sur lequel as-tu eu le plus de soucis ?

Eric Capo :  Je dirais que le projet sur lequel j’ai préféré travailler, d’un point de vue purement personnel a été Athleticus.

Tout d’abord car c’est sur ce projet que j’ai vraiment commencé à avoir les responsabilités d’un directeur de production, même si mon poste à l’époque était toujours « chargé de production ».
C’est sur Athleticus que je me suis retrouvé un peu seul, sans personne au dessus de moi, et où j’ai le plus appris car vraiment en première ligne et donc moins protégé.
En terme d’organisation, le projet reposait beaucoup sur moi mais cette pression a été bénéfique et la fierté encore plus grande à la fin.

De plus, avec Claire Neyton, mon assistante à l’époque, nous avons géré à deux les deux premières saisons d’Athleticus et donc tout le lancement de cette série que l’on considère forcément un peu comme notre bébé aujourd’hui.

Le projet sur lequel j’ai eu le plus de soucis est le premier sur lequel j’ai travaillé quand je suis arrivé à Cube, en stage, aux côtés d’Audrey Serre : Angry Birds STELLA.
C’est Audrey qui m’a formé et qui m’a donc appris toutes les bases de ce métier et du fonctionnement du studio.

Ce projet s’est très mal passé, notamment au niveau de la relation avec les clients mais heureusement, à l’époque je ne m’en rendais pas forcément compte avec mon expérience vierge.
J’entendais et je voyais ce qui se disait autour de moi, avec toute l’équipe qui se plaignait, mais c’est vraiment avec le recul et en travaillant sur d’autres projets par la suite que j’ai réalisé la difficulté et les mauvaises conditions de ce projet.
A l’époque, pour moi, c’était « normal » comme je n’avais rien connu d’autre pour comparer.
Aujourd’hui, je remercie encore ce projet car je pense qu’il a fortement accéléré mon apprentissage.

Cheeky : Cube a récemment été racheté par Xilam, comment tes équipes et toi avaient vécu cet événement ? Qu’est ce qui a changé pour vous aujourd’hui ?

Eric Capo : C’était dans les tuyaux depuis de longs mois donc nous étions forcément au courant de ce qui se tramait en coulisses.

Les équipes de Cube ont plutôt été enthousiastes à cette idée de rachat car on connait tous la puissance de Xilam sur le marché qui représente le plus gros studio d’Europe.

Je dirais que le plus flagrant depuis cette alliance Cube / Xilam, c’est la visibilité et le réseau de distribution.

Les ventes étaient un des gros points faibles de Cube depuis de nombreuses années et on sent tout de suite que cela est en train de changer avec l’apport de Xilam.

Nous avons désormais une force de frappe bien plus importante au niveau de la vente à l’international pour nos projets et plusieurs deals se sont déjà signés.

Notamment Nickelodeon qui a acheté la semaine dernière les droits monde pour les deux saisons d’Athleticus. Ce n’est pas rien !

De mon côté et à mon échelle de directeur de production, le gros changement réside dans les reportings financiers bien plus précis à fournir et plus régulièrement.

Xilam étant coté en bourse, les enjeux financiers ne sont clairement pas les mêmes. Pour des raisons assez évidentes, je ne peux malheureusement pas en dire beaucoup plus en public, désolé.

Une chose est sûre, le groupe Xilam / Cube va faire de grandes choses dans les années à venir !

Cheeky : On a tous les deux l’habitude de se croiser à Annecy depuis quelques années, notamment au MIFA, où Cube a l’habitude de faire du recrutement. Comment votre studio a procédé cette année avec le festival d’Annecy Online ? Joues-tu un rôle dans le processus de recrutement de manière général ?

Eric Capo : Pour être honnête, Cube n’a pas vraiment participé au festival d’Annecy online cette année, la situation avec le confinement et le télétravail monopolisait déjà toutes les ressources de l’entreprise.

En revanche concernant ta seconde question, oui je joue complètement un rôle dans le processus de recrutement car Cube ne possède pas de poste entièrement dédié au recrutement.
Ce sont les directeurs de production qui s’en occupent pour leur projet donc je suis en charge du recrutement sur les séries que je dirige.

J’ai également pour habitude d’assister aux jurys d’écoles dans toute la France avec Lionel Fages, qui représente Cube depuis bientôt 20 ans dans ces écoles. 
Le but étant de dénicher de nouveaux talents pour les années à venir, selon les besoins plus ou moins urgents de nos projets ou bien parfois, simplement une prise de contact pour plus tard.

Le monde de l’animation française est si petit, qu’on finit toujours par tous se recroiser. Un contact en plus n’est jamais perdu.

Cheeky : Qu’est ce que tu conseilles aux personnes (tous corps de métier) qui aimeraient postuler chez Cube ? (lettre de motiv vraiment utile ? bande démo, CV ? réseau ? autre ?) Et à ceux qui aimeraient faire de la gestion de projet ?

Eric Capo : Effectivement, la lettre de motivation n’est pas très à la mode dans notre milieu… En plus, c’est souvent un copier/coller de ce qu’on trouve sur internet à propos du studio et ça se voit au bout de deux lignes.

Pour les graphistes, le CV c’est vraiment la bande démo. C’est grâce à elle qu’on voit votre talent et ce que vous pouvez apporter au studio.
Un graphiste qui se présente sans bande démo (oui, il y en a encore), part avec un handicap certain et difficilement rattrapable.

Également, pour ceux qui sortent d’école, le film de fin d’études c’est votre carte d’identité quand vous arrivez sur le marché car c’est votre seul projet.
C’est donc à ce projet qu’on va vous identifier donc ne le négligez pas et mettez le en avant quand il est réussi.
Aujourd’hui, la plupart des écoles font bien leur boulot là-dessus et suivent plus ou moins le même modèle donc pas trop de soucis de ce côté.

En ce qui concerne la gestion de projet, c’est vraiment particulier, que ce soit pour la formation ou le recrutement. On ne peut rien montrer pour se vendre, contrairement aux graphistes qui ont leur bande démo qui parlent pour eux.

C’est vraiment du feeling lors de l’entretien, forcément l’expérience rentre en compte également, comme partout, mais il faut déjà être certain d’avoir un cerveau multitâches pour se lancer dans la prod.

Pareil pour la formation, on peut très bien faire de la gestion de projet sans avoir fait d’école, même si forcément, une école spécialisée apportera toujours un plus sur le CV.
J’avoue ne pas avoir de formule magique à donner… Désolé.

Cheeky : Comment te vois-tu évoluer dans les années à venir ? Pourrais-tu te laisser tenter par d’autres secteurs comme l’industrie du long métrage ou celle de la publicité par exemple ? Un studio indépendant ?

Eric Capo : Pour le futur proche, je vais déjà aller au bout de mon projet actuel, Tangranimo.
Cette série devrait m’emmener déjà jusqu’à la fin 2021, on verra ensuite. Ça fera 6 ans à Cube pour moi.

J’attends de voir également la direction que prendra le groupe Xilam / Cube car des changements de stratégie ne sont jamais à exclure dans ce genre d’alliance.

En tout cas, à l’heure d’aujourd’hui je prends toujours plaisir à travailler sur des projets longs comme des séries car c’est là-dedans que j’ai appris.
Les projets de série s’étalant souvent sur environ 18 mois, il y a également le paramètre « sécurité de l’emploi » qui rentre en compte quand on est intermittent, forcément.

Le domaine de la publicité ne m’a jamais intéressé à cause de l’ambiance pas toujours très saine qui y règne, même si les salaires sont beaucoup plus attirants.
J’ai également l’impression qu’il est impossible de s’organiser correctement dans son travail quand on enchaîne les mini projets rush de deux semaines. Peut-être que je me trompe.

Les longs-métrages pourquoi pas, mais je suis frileux à l’idée de migrer dans une énorme boite de 800 personnes et de ne devenir qu’un pion parmi tant d’autres.

Je n’exclus pas de changer de secteur d’ici 2 ans mais il est encore trop tôt pour être fixé. Beaucoup de paramètres rentrent en compte, également dans ma vie privée et j’ai le temps de voir venir et d’y réfléchir.

Cheeky : Un mot pour la fin ?

Eric Capo : On a de la chance de travailler dans un domaine très cool, loin de l’image clichée que beaucoup peuvent se faire du monde du travail.
C’est quelque chose qu’il faut conserver au maximum car l’animation ne serait pas aussi attrayante sans cet aspect « bonne ambiance » qu’on retrouve encore plus à Cube qu’ailleurs.

C’est toujours plus plaisant pour tout le monde de travailler dans la bonne humeur, et les efforts seront toujours plus faciles à faire pour quelqu’un que tu apprécies, même dans les périodes compliquées.

J’avais envie de conclure là-dessus 

Et encore merci au blog de Cheeky pour cette interview ! C’est ma première et elle se passe sur le meilleur blog français d’animation.

 

 

 

 

 

Cheeky

Cheeky

Fondateur et Rédacteur en chef du blog de Cheeky.
Passionné par l'animation et la science fiction depuis l'enfance, je cherche à inspirer les gens avec mes meilleurs découvertes cinématographiques et artistiques. De tous les horizons, de tous les créateurs et de tous les styles ;)

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